«JULIA » Dessin de Ph.Vanthournout                              « JULIA » Thames 2002.I.Fletcher

 

(Page mise à jour le 22 Avril 2008)

                                                                                                

 

Gloucester-Brest 2004 à bord de « Julia af Faaborg ». Par François Longuet

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                           « Julia » un joli nom pour une grande dame de bientôt soixante dix printemps : cette goélette à huniers a été construite en 1938 au Danemark c’est un « baltic trader » un de ces cargo solide dont il ne reste que quelques exemplaires dans le monde parmi lesquels le fameux « Phoenix » de Robin Davis (Société  « Square sails »), qui fut transformé en caravelle pour le tournage de « Chistophe Colomb », mais c’est une autre histoire. « Julia » eut une carrière bien remplie changea plusieurs fois de propriétaire, fut dématée, regréée, puis motorisée dans les années 50, elle naviguait du Portugal au Groenland où elle amenait du sel et revenait en Europe avec une cargaison de poisson, selon Ken Stocks son skipper actuel c’était un véritable « floating submarine » quand sa cale était chargée.

 

                            « Julia » fut rachetée il y a quelques années par Mike Turk dont la société « Turk Phoenix Ltd » est spécialisée dans la fourniture de toutes sortes d’engins flottants pour l’industrie cinématographique (« Un pont trop loin », « Hornblower », « Troie », « Monsieur N », « Longitude », « Indiana Jones », « Oliver Twist », « Harry Potter », la liste est longue), dans ses hangars dorment des centaines d’embarcations de toutes tailles dont certaines datent du 19° siècle et ont été construites par sa famille : pour « Troie » il a fait construire à Malte deux trirèmes motorisées de 35m.

 

                            Le tournage de « Hornblower » conduisit « Julia » en Crimée rejoindre le « Grand Turk » qui venait d’être construit et là pour les besoins de la télévision Anglaise elle joua le rôle de plusieurs navires dont un corsaire Français, les spécialistes des effets spéciaux la firent couler trois fois (Virtuellement).

                             Après ces péripéties Ken Stocks fit route vers l’Angleterre en passant par Gibraltar le port d’attache actuel de « Julia » puis Londres après une traversée mouvementée du Golfe de Gascogne par force 9.

 

                            Je découvris « Julia » pour la première fois en Décembre 2001 à St Katharine Docks en plein centre de Londres et eut l’impression d’entrer dans une machine à remonter le temps : l’intérieur n’a quasiment pas changé depuis sa construction, malgré sa taille il n’y a que 9 couchettes à bord et des hamacs qui permettent de dormir confortablement dans la houle. Mes premiers voyages à bord m’emmenèrent de Londres à Ostende en 2002 voyage qui nous coûta trois vieilles voiles dans un coup de vent en Mer du Nord, puis sur la Tamise pour une régate, et enfin en 2003 un formidable voyage de Londres à Ramsgate puis Penzance, le très inhospitalier « Bristol  Channel » avec sa houle venue de l’Atlantique et son vent qui vous jette sur une côte déchiquetée, Liverpool et enfin Gloucester pour un hivernage et un repos bien mérités.

         

                             Début 2004, Ken me confirme que nous irons au festival de « Brest 2004 », nous partirons fin Juin de Gloucester après avoir réarmé « Julia », le voyage devrait prendre environ une semaine selon les conditions météo, les escales limitées (Probablement Padstow ou Penzance dans une des plus belle région d’Angleterre mais également une des plus dangereuse par mauvais temps).L’équipage sera composé de :

Ken Stocks, Charlie Smith, Izzy Fletcher, Magnus Berglund, Johnny Collins et moi-même. Nos amis Barry, Liam et Steve de Whitby nous rejoignent pour un premier embarquement.

                    

                     Sharpness Canal. Gloucestershire.

 

                             Le Samedi 26 Juin 2004, je rejoins Gloucester en train, le temps est maussade et ne laisse présager rien de bon pour les jours qui viennent, le Dimanche est consacré au graissage du moteur au nettoyage du bateau, chaque membre d’équipage prend ses quartiers Ken dans sa cabine à l’arrière où se trouve la deuxième table à carte et le radar, nous nous répartissons dans les quatre cabines restantes. Il n’y a pas de chauffage en mer à bord de « Julia », juste un gros poêle à bois en fonte que nous allumons en escale ou au mouillage et qui est très utile en hiver, je me souviens d’une froide nuit d’Avril 2003 au large de Southend dans l’estuaire de la Tamise ce poêle avait maintenu une température de 09°c jusque la proue, mon sac de couchage avait fait le reste.

                              Le vent doit souffler à force 7 ou 8 dans le Bristol Channel il devrait mollir Lundi, les voiles sont gréées, Gloucester est le port le plus à l’intérieur des terres en Angleterre, le Sharpness Canal le relie à la mer, il est étroit, il nous serait impossible de croiser un autre navire de la même taille nous devons transiter par une quinzaine de ponts et une écluse avant de rejoindre l’eau salée, tout est donc organisé avec les « British Waterways » (Les « Voies Navigables ») pour notre départ Lundi à 12h00. Dans l’après midi je vais consulter les cartes météo de « Met-office » et prévisions marine pour la semaine à venir: la tendance se confirme et nous étudions les documents nautiques pour prévoir des ports et des mouillages de repli, ils ne sont pas nombreux : Bristol et Padstow au Sud et Cardiff, Swansea et Milford Haven au Nord et loin de notre route, nous souhaiterions faire une route directe jusque Penzance qui nous avait accueilli l’année dernière et de là faire route sous voiles jusque Brest.

 

                               Lundi vers 11h00 tout est presque prêt nous démarrons le groupe électrogène installé par Graham Piper l’année dernière il est silencieux et flambant neuf mais reste muet : rien ne se passe, je dois redémonter la passerelle métallique qui le recouvre, ouvrir le capot insonorisant et pendant un long moment étudier la notice avec Ken, aucune solution n’est trouvée, la garantie est toujours valable mais un technicien envoyé par la route ne serait pas à Gloucester avant demain. Ken téléphone alors à Iain Macdougal, le Captain du « Grand Turk » encore à Bangor en Irlande du Nord et qui doit nous rejoindre à Brest, il est capable de réparer n’importe quoi, il a conçu toute la partie technique de son bateau pour lui tout se répare. Environ une heure plus tard il nous rappelle et nous indique un bouton à presser bien caché sous le groupe, qui ré-amorce la machine et celle-ci démarre quelques minutes plus tard : nous aurons donc de l’eau chaude, le frigo fonctionne de nouveau et le départ est prévu vers 15h00.

 

                               Amarres larguées, je saute dans le Zodiac qui servira de pousseur pour aider « Julia » à éviter dans le Main Basin de Gloucester puis à se maintenir dans l’axe du premier pont, Ken en a une maîtrise parfaite, ici pas de propulseur d’étrave : un seul moteur principal, une hélice bipale à pas variable et un gouvernail. Les commandes : la barre à roue couplée à un indicateur d’angle, un petit volant pour accélérer, un gros pour le pas variable et un levier d’embrayage. Plusieurs fois je dois repousser les 250 tonnes de « Julia » vers le milieu du bassin avec les 40 « Horse Power » du vieux pneumatique, elle dérive lentement vers babord sous l’effet du vent, le pont s’ouvre bientôt : adieu Gloucester.

 

                               Après avoir franchi environ la moitié des quinze ponts nous sommes informés que les employés des « British Waterways » arrêtent leur service à 19h00, il nous faut nous amarrer le long de la berge au milieu des pénichettes qui peuvent aller jusque Birmingham, il fait beau et nous dînons sur le pont, plus tard le pneumatique nous conduit à un mille de là à un embranchement de canal où se trouve le seul Pub du coin, la campagne est superbe on se croirait dans les marais de St Omer.

                              

                               Mardi matin : la manœuvre de départ est plus longue que prévue, le canal est envasé le long des berges et l’effet « ventouse » se fait sentir sur la coque, en jouant sur les amarres nous nous dégageons et rejoignons le milieu du canal, il faut faire vite : un petit cargo vient de quitter Gloucester et risque de nous rattraper. Nous atteindrons Sharpness vers 13h00 pour apprendre que le pilote souhaite nous faire descendre la Severn ce jour vers 15h00 et non pas à 03h00 du matin après un bon repos comme nous l’avions prévu, notre tonnage supérieur à 100 Tonnes nous oblige à prendre un pilote il suffit de regarder une carte du « Severn Estuary » pour comprendre que ce n’est pas un luxe inutile : des bancs de sable, un chenal sinueux et un courant violent, le marnage est supérieur à la Baie du Mont St Michel et St Malo, c’est ici la deuxième plus grande marée au Monde après la Baie de Fundy au Canada.

                                                                                                                       

                                Severn Estuary.

                 

                       Mardi à la mi-journée le dernier pont est passé, après une dernière courbe nous arrivons à

Sharpness Docks un port de commerce qui malgré son accès peu aisé reste actif. Nous nous amarrons babord

à quai sur un ponton proche de l’écluse, Johnny nous prépare le repas, je me rend à la Capitainerie pour prendre les informations météo les plus récentes : la tendance est toujours aussi mauvaise et avec Ken nous devons étudier de nouveau les différentes possibilités d’escale pour la nuit : il y a bien Bristol mais cela représente une grosse perte de temps et implique de rester prisonniers derrière une écluse. Nous décidons de

prendre un mouillage ce sera sans doute au large de Barry comme l’année dernière, il nous reste quelques heures avant d’y arriver. Vers 15h30 : amarres larguées, pneumatique en remorque, Severn nous voilà.

 

                                Le Pilote est très sympathique, il apprécie beaucoup de piloter un voilier et demande à prendre la barre. Après quelques mugs de thé et de café et le passage des deux ponts suspendus qui enjambent la Severn, je me prépare à le raccompagner à terre, nous sommes à l’entrée du Bristol Channel. Ken prend la barre, je descend dans le pneumatique, démarre le moteur, Charlie « Shetland »

largue la remorque et me l’envoie…trop court ! Elle tombe à l’eau et le flux de l’hélice de « Julia » l’envoie

directement dans la mienne, le résultat est immédiat : moteur bloqué et calé je m’éloigne à grande vitesse, il y a au moins 5 nœuds de courant, je passe non loin d’un petit yacht à moteur dont je laisse indifférent le vieux propriétaire, je parviens à attirer l’attention de sa passagère quand mes efforts pour libérer l’hélice sans visibilité dans cette eau trouble sont couronnés de succès, je ne sais pas combien de temps a passé mais je suis à plus d’un demi mille de « Julia ». Je récupère le pilote, le dépose sur une jetée et retourne à bord.

 

                                Bristol Channel

 

                                Nous faisons maintenant route vers le mouillage de « Minehead », que le Pilote nous a conseillé, nous y arrivons vers Minuit, il est abrité des vents de Suroît. La « pioche » est mouillée à l’endroit que j’ai pointé sur la carte, trois amers sont pris à la côte, une « Anchor Watch » est mise en place (00h00/02h00/

04h00/06h00/08h00), avec instruction de vérifier la chaîne, les amers, la position GPS et le pneumatique toutes les 15 minutes. La nuit est relativement calme, à 07h00 tout le monde est réveillé nous tenterons une sortie du Bristol Channel à destination d’Ilfracombe ou de Padstow, le vent doit forcir à 7 ou 8 en fin de journée et nous avons le courant avec nous.

 

                                07h00, Ken supervise le relevage de l’ancre, je prend la barre, cap au 360° pour m’éloigner du rivage et rejoindre la route prévue, la mer est relativement calme, nous somme encore à l’abri de la côte.

La météo annonce un vent de Suroît de force 7 à 8 pour l’après-midi, nous espérons avoir le temps de rejoindre Ilfracombe, selon l’état de la mer, nous trouvons le temps long au mouillage.

En milieu de matinée le vent monte et la houle grossit, nous marchons au moteur, vent de face : « Julia »

souffre, un voilier n’est pas fait pour naviguer au moteur avec la houle et le vent debout le gréement fatigue.

Bientôt notre vitesse est si faible que nous décidons de rebrousser chemin, nous n’arriveront jamais à temps

à Ilfracombe accessible seulement à marée haute. Dans l’après-midi nous sommes de nouveau au mouillage

de Minehead, le vent souffle à 8 au large, un énorme navire de « Trinity House » (Les « Phares et Balises » Anglaises) se met également à l’abri à un demi mille de nous, nous remontons le pneumatique, il risque de se

fracasser contre la coque, la nuit est agitée et courte.

 

                                Ilfracombe. North Devon.

 

                                Il fait encore nuit le Jeudi 1er Juillet quand nous quittons le mouillage, le vent a molli mais un nouvel avis de force 8 a été lancé pour l’après-midi, les perturbations vont se succéder jusque Dimanche avec des vents violents, cette fois ci se sera Ilfracombe ou la fuite vers Cardiff. Rapidement la mer se creuse et le

vent forcit, à une heure d’Ilfracombe une houle de trois mètres secoue « Julia », le contact est établi avec le Commandant du Port : devant Ilfracombe, dans la baie, la mer est relativement calme. Rapidement nous sommes en vue du petit port, il nous faut ralentir l’allure car il assèche à marée basse et le niveau d’eau

est encore trop faible pour nous. En début d’après-midi nous nous amarrons sur la petite jetée à droite de l’entrée, à cet endroit la houle est parfois très forte, les amarres souffrent et nous devons nous relayer

avec des défenses pour protéger la coque du quai, il faut sans cesse surveiller et régler la tension des haussières, la mer monte rapidement. Je suis à la machine en train de vérifier le niveau d’eau dans un puisard

quand « Julia » est soudain secouée violemment par une série de houles plus fortes que les autres, Izzy et moi remontons précipitament sur le pont pour constater que les amarres cassent une par une, la poupe de la goélette s’écarte lentement du quai, l’avant tient encore mais pour combien de temps ? Les 250 tonnes de « Julia » vont rapidement avoir raison de notre dernier lien avec la terre. Dans quelques minutes

nous risquons de nous échouer au pied de la falaise sur les rochers à une centaine de mètre de là, la machine est stoppée mais dans le pire des cas nous pourrons mouiller une ancre. Dans une précipitation indescriptible nous réussissons à rassembler des morceaux d’amarres et à les passer par l’avant, la mer s’est de nouveau calmée, nous ne pouvons rester plus longtemps à cet endroit, il devrait maintenant y avoir assez d’eau pour entrer dans le bassin. Nous larguons les amarres de nouveau, un petit bateau de pêche se positionne non loin de nous prêt à servir de remorqueur pour faciliter notre évitage une fois à l’intérieur du port : son aide ne sera pas nécessaire, sans propulseur d’étrave Ken maîtrise parfaitement la manœuvre, les amarres sont lancées une dernière fois et nous allons pouvoir enfin prendre un repos bien mérité et une bonne pinte de bière. Mais avant cela nous devons préparer « Julia » à l’échouage qui aura lieu dans la soirée, je récupère donc des grandes barriques de 200 litres que nous remplissons d’eau de mer, tous les objets lourd, canapés, caisses à outils sont déplacés et amenés sur tribord de manière à donner une légère gîte vers le quai. Nos amarres sont en piteux état et il nous faut les doubler en prévision des coups de vent à venir. Sur le port, le pêcheur qui m’a prêté les barriques me dépanne de quelques longueurs, Ken contacte le bureau de Chatham qui nous expédie en urgence 1 tonne d’amarres neuves sur une palette. Comme prévu la quille touche le fond du port, la goélette s’incline lentement vers le vieux quai et se cale sur un lit de sable, je fais une marque sur le quai au moment où nous touchons, la première partie du voyage se termine, tout à l’heure nous allons pouvoir inspecter la coque. Les jours suivants sont consacrés aux dernier préparatifs, « Julia » doit se faire belle pour le festival de Brest, Izzy et Magnus installent les voiles de hune, nous continuons à poncer, à peindre, à graisser, à nettoyer, je surveille de près les prévisions météo de Bracknell : une fenêtre se précise pour Dimanche.

 

                                   Samedi je trace notre route jusque Brest, Ken me donne carte blanche : en 2002 j’ai mené « Julia » sans encombres de Ramsgate à Liverpool et Gloucester, il me demande simplement de passer à 8 milles au large de Hartland Point : passage de sinistre mémoire qui sonne le glas du brick « Maria Asumpta » en 1995 et fait deux victimes : une panne de moteur près des récifs, de violents courants, une forte houle associée à un vent qui pousse à la côte ont raison en quelques minutes du plus vieux trois-mâts naviguant au monde, Magnus eut la chance de débarquer à Swansea avant le naufrage et Charlie est nostalgique en pensant au navire sur lequel il a tant navigué.

 

                                   Dimanche matin, ma route est tracée, et le vent qui a tourné au Nord-Ouest devrait nous permettre de naviguer au portant jusque Brest, nous nous sommes levé à l’aube : il faut que tout soit prêt à marée haute pour un départ vers 08h30, « Julia » est encore au sec, je descend sur le sable pour vérifier que les grosses amarres lestées de chaînes qui sont disposées pour les pêcheurs tout le long du quai ne risquent pas de venir contrarier notre manœuvre : à notre arrivée j’en ai vu une flottant entre deux eaux qui menaçait d’entraver notre hélice. La série de cartes est prête, la première est disposée dans la « niche », les jumelles sont à poste, mon petit GPS portable est sur son support, les crayons taillés, la gomme prête et la bouilloire chaude : nous sommes prêts pour 2 à 3 jours de mer avec peut-être une escale à Penzance. Le niveau d’eau est atteint : gardes larguées, arrière et avant prêts à larguer, nous laissons le pêcheur qui était derrière nous s’éloigner quand soudain le moteur se bloque ! Le pêcheur en partant n’a pas correctement amarré sa chaîne au quai et notre hélice a aspiré l’amarre qui y est reliée. Je tente de trouver une combinaison isotherme et un masque au local du RNLI (Canot de sauvetage), mais il est encore trop tôt, idem pour le club de plongée. La mer se retire lentement maintenant. Nous avons eu beaucoup de chance : l’amarre s’est enroulée autour de l’arbre et la chaîne s’est arrêtée à seulement 15cm de celui-ci ! Nous en sommes quitte pour attendre la prochaine marée : ce soir vers 20h30. Le soir arrive enfin ! Nous quittons Ilfracombe, le quai est noir de monde, le vent est frais, Force 5 de Nord-Ouest comme prévu, nous faisons route au Nord pour nous dégager de la côte, puis vers l’Ouest vers l’Ile de Lundy et la Mer d’Irlande. Les voiles sont établies à la nuit tombante, une autre goélette fait route vers le sud loin sur l’horizon : au petit matin elle aura disparu. J’arrive à dormir un peu avant mon quart de 00h00 à 04h00, la nuit sera calme nous faisons route au sud avec un vent portant de force 4 à 5, quelques pêcheurs, un gros cargo faisant route au nord pour lequel je dévie de quelques degrés : il passera à 300m sur notre bâbord. « Julia » fait toujours un peu d’eau et nous devons pomper un peu. A 04h00 la relève arrive et nous prenons un repos bien mérité.

 

                                      Lundi matin, vers 09h00 je suis réveillé par de gros coups de roulis, nous approchons de Land’s End, les côtes Irlandaises ne nous abritent plus de la houle de l’Atlantique, je monte sur le pont et à ma stupéfaction le temps est superbe et le vent est totalement tombé ! A quelques milles de nous le « Grand Turk » fait route au moteur vers Brest : nous le contactons par VHF, il arrivera bien avant nous en Bretagne.

La journée se passe tranquillement, malheureusement le vent nous a totalement quitté, nous passons Wolf Rock, un grand paquebot blanc vient des Iles Scilly, dommage que nous n’ayons pas le temps d’y faire un crochet : c’est un petit paradis. Toute la journée nous nous relayons à la veille, un petit cargo vient de tribord dans le Rail montant d’Ouessant il n’a pas compris que nous allons passer derrière lui, notre manœuvre est pourtant claire ! Il est bien sûr injoignable à la VHF et décide à son tour de passer sur notre arrière ! Après quelques minutes il finit par comprendre et reprend sa route initiale, qui pouvait bien être à la barre ? Quelle formation avait-il ? Il se dirigeait pourtant avec ses mauvais réflexes et par temps heureusement clair vers le détroit le plus fréquenté du monde.

 

                                     Lundi soir, notre dernière nuit en mer s’annonce calme : après une journée si reposante je n’ai même pas dormi avant de prendre mon quart de 00h00 à 04h00, vers 00h30 quelques dauphins nous accompagnent brièvement et disparaissent dans la nuit, puis c’est un extraordinaire lever de Lune rouge sur l’horizon une fine et mince lueur qui se transforme rapidement en un disque. Nous contournons Ouessant, je me déroute pour un pêcheur, les premières lueurs de l’aube, la relève…mais je veux voir l’entrée du Goulet de Brest : je ne rejoins ma couchette qu’à 08h30 pour être réveillé subitement à 09h15 car nous abordons un banc de brouillard et il me faut trouver un mouillage et guider Ken dans l’Anse de Bertheaume. Une trentaine de minutes plus tard le brouillard disparaît pour laisser place à un soleil radieux et un décor de rêve…au fait : il nous faut repeindre la coque avant de rentrer à Brest, pas question de se reposer, chacun armé d’un pinceau nous nous attelons à la tâche jusque 16h00, puis nous faisons route vers une des darses de Brest…et une bonne bière !

 

                                      En Février 2007 Bob Escoffier fait l’acquisition de « Julia » et la rebaptise « Etoile de France », le Dimanche 18 Février vers midi à l’heure de la pleine mer, nous quittons Chatham pour Cherbourg puis St Malo que nous atteindrons le jeudi : le dernier équipage de « Julia » aura été composé de : Ken, François, Allan, Mick et John. Non sans émotion nous confions « Julia » à Etoile Marine Croisières qui nous le

savons en prendra grand soin ! « Etoile de France » est actuellement basée à St Malo.

 

« Julia » Thames Estuary. Photo François Longuet. Copyright 2008

 

                             

 

 

                       

                                 

                                                                                                                                                                                                                                                                      

« JULIA ». Fiche Technique. (D’après Volker Gries. http://www.tallship-fan.de).

 

Noms précédents : « JUTLANDIA », « FRENNENAES », « JETTE JAN », « JULIA AF FAABORG », « ETOILE DE FRANCE ».

Port d’attache : GIBRALTAR.

Nationalité : Britannique.

Type de Gréement : Topsail Schooner / Goélette à huniers / Baltic Trader.

Année de Construction : 1938.

Chantier : Rasmus Moller.

Longueur hors-tout : 39,90m.

Longueur de coque : 28,40m.

Maître Bau : 7,00m.

Tirant d’eau : 2,40m.

Coque : Chêne.

Mats : Douglas Fir.

Moteur : B&W Alpha, 2 Cylindres, 2 Temps.

Puissance : 120PS.

 

                                                                                       

 

            

           « JULIA » SUR LA TAMISE EN 2003      KEN & FRANCOIS  2003         LONDON-OSTENDE 2002

             

               LONDON-LIVERPOOL 2003              ILFRACOMBE 2004                 LONDON-OSTENDE 2002

            

               ILFRACOMBE 2004             GREENWICH 2003            IRISH SEA 2003       LONDON-OSTENDE 2002

        

                     KEN A ILFRACOMBE EN 2004                                        « JULIA » ILFRACOMBE-BREST 2004

                                                                       

      Copyright 2008. Photos François Longuet, Philippe Vanthournout & Izzy Fletcher.

 

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